Planification des interventions de récolte

Les propriétaires de boisés de l’Agence des forêts privées de Québec 03, dans une proportion de 83 %, réalisent eux-mêmes leurs travaux de récolte d’où l’importance de les sensibiliser aux différentes étapes d’une bonne planification forestière.

 

Aujourd’hui, la plupart des M.R.C. ont adopté un règlement pour régir les interventions forestières sur le territoire des municipalités, surtout, afin de contrer les coupes abusives. Pour certaines coupes forestières, un permis est exigé. Les propriétaires sont invités à exploiter leur forêt en suivant les principes d’un aménagement durable qui intègre les autres ressources. Un guide des saines pratiques d’intervention en forêt privée, conçu en novembre 2001, par le Syndicat des propriétaires forestiers de la région de Québec, est mis à leur disposition.

 

Il peut être très avantageux de contacter les conseillers forestiers accrédités par AFPQ 03, pour vous aider dans la planification et la réalisation des travaux de récolte.

 

Localisation du secteur de coupe

 

Sur le terrain, il faut délimiter le secteur de coupe avec des rubans. Idéalement, le peuplement forestier à récolter a déjà été localisé par un conseiller forestier sur une carte forestière ou une photographie aérienne montrant l’ensemble du lot. En même temps, avec des rubans d’une autre couleur, le propriétaire fait un inventaire de reconnaissance pour situer les cours d’eau et les vieux sentiers de même que les exclusions (savane, secteurs non récoltables, bandes de protection, etc).

 

Inventaires des données nécessaires à la planification

 

Pour prendre les meilleures décisions avant de débuter les travaux, il faut connaître : le peuplement forestier, le terrain, le réseau de chemins forestiers, l’utilisation des bois et les moyens de production.

 

Peuplement forestier

 

Les essences, le diamètre et la qualité des billes sont les principaux facteurs à connaître. Le facteur limitant pour le producteur qui doit manœuvrer les billes est leur poids.

Localisation du secteur de coupe

La densité du peuplement est déterminante pour le tracé des sentiers et le choix des équipements. Il faut aussi évaluer la régénération forestière, elle sera prise en considération durant toutes les phases de la récolte puisque l’avenir de la forêt en dépend.

 

Terrain

 

Les difficultés de l’exploitation sont proportionnelles à celles du terrain. Il faut évaluer la pente, la rugosité, la nature du sol et son drainage. La pente est souvent un facteur limitant et les terrains mous devraient être récoltés en hiver.

 

Chemins

 

La distance entre les arbres à couper et la jetée finale où se rendra le camion de livraison est un élément majeur dans la planification. Le propriétaire pourrait même décider de faire construire un chemin pour diminuer sa distance de débardage.

 

Utilisation des bois

 

En forêt privée, le volume récolté sur un chantier et la valeur potentielle des arbres imposent une sélection des billes pour les utilisations procurant les meilleurs prix : le déroulage, le sciage puis la pâte et les panneaux.

 

Moyens de production

 

La main-d’œuvre, le plus souvent le propriétaire, est un élément clé de la planification. Il faut connaître ses caractéristiques : disponibilité, travaille seul ou accompagné, connaissances, expériences, capacité physique, motivation, productivité et objectifs de rentabilité. Dans un contexte de coupe partielle, il y a plusieurs avantages à faire les travaux à l’automne ou à l’hiver. Entre autres, l’écorce des arbres étant plus solide, on diminue les risques de blessure aux tiges résiduelles. Cependant, il faut aussi connaître les exigences  des usines de transformation et avoir en main les contingents* pour le bois à mettre en marché avant de le récolter.

 

* Marchés contingentés : panneaux, pâtes et papiers.

 

Méthodes de débardage

 

Le transport des bois entre la souche et la jetée finale est la principale préoccupation du producteur forestier. Choisir le bon moment peut éviter bien des problèmes. Dans ce contexte, il y a deux méthodes de débardage :

 

A – Débardage de troncs entiers

 

Le travailleur ébranche l’arbre et coupe le houppier (la cime inutilisable); le tronc est tiré en longueur. Si les bois sont débardés par traînage, particulièrement avec un treuil, les difficultés de terrain sont rarement un handicap : cet équipement permet de récolter les arbres, même dans les ravins. L’espace pour travailler dans la forêt feuillue facilite le choix du treuillage.

 

De plus, les frais de voirie seront peu élevés : les sentiers sont rudimentaires, plus espacés et il est peu probable d’y faire des ornières. Également, le tronçonnage judicieux de la tige est plus facile à faire à une jetée que près de la souche. Par contre, les troncs entiers traînés sur le sol minéral en été, impliquent des affûtages de la scie à chaîne plus fréquents. Cependant, la circulation avec des troncs entiers exige beaucoup d’espace pour la jetée finale.

 

B – Débardage des bois tronçonnés

 

Lors de l’abattage, le travailleur tronçonne la tige en billes de longueurs fixes déterminées selon l’utilisation; elles sont chargées sur une remorque ou un traîneau. Avec la méthode des bois tronçonnés près de la souche, il faut faire un groupage manuel des billes vers le sentier de débardage : il est presque impossible d’amener la remorque à côté de tous les billots, puisqu’elle est confinée à des chemins planifiés. Si le chargement se fait à la main, les tas sont parallèles au sentier; une grue peut s’accommoder de piles placées perpendiculairement. Le système d’exploitation à appliquer chez les propriétaires qui ont une jetée finale trop éloignée du chantier, consiste à traîner les troncs entiers (méthode A) sur le bord d’un chemin, les tronçonner et placer les billes qui seront chargées plus tard sur une remorque (méthode B).

 

Le transport des billes à l’usine ne peut pas se faire en tout temps de l’année, le propriétaire doit s’informer du calendrier des livraisons.

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Équipements d’exploitation

 

Environ 90 % des producteurs forestiers utilisent un tracteur de ferme ou un V.T.T.

 

Éléments de sécurité

 

Pour un propriétaire forestier qui exécute lui-même les travaux de récolte, la préoccupation pour une bonne productivité ne doit pas augmenter les risques pour sa santé ou sa sécurité. La plupart des véhicules utilisés par les propriétaires (tracteur de ferme, V.T.T. et motoneige) n’ont pas été conçus pour le débardage en forêt.

 

Il faut être conscient des risques de cabrage et de renversement en terrain accidenté. Sur les sentiers en pente, le conducteur doit être capable de freiner la remorque chargée, sinon il s’expose à une mise en portefeuille.

 

Tracteur de ferme

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Pour débarder en forêt, il faut lui apporter quelques modifications : protection des parties exposées, ajout de poids à l’avant pour une meilleure répartition de la masse et abaisser le centre de gravité. Même avec ces corrections, la charge de bois à l’arrière diminue sa stabilité. C’est un véhicule rapide qui a besoin d’espace (autant qu’une débusqueuse) pour circuler. On doit lui ajouter un équipement pour le débardage : le treuil ou la remorque.

 

 

V.T.T.

 

Plusieurs modifications sont proposées afin d’améliorer la sécurité et l’efficacité : arceau de protection, liquide dans les pneus, chaînes, etc.

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Si on veut débarder des troncs entiers par traînage, on doit utiliser des accessoires tels que : cônes, câble de Kevlar et poulie. Avec des accessoires peu coûteux, il est possible de charger manuellement les billes de sciage sur la remorque. Si celle-ci est équipée d’un pont tandem, elle transportera une charge de 2 m3 (+ 2 000 kg) sur 500 mètres en été et environ 1 000 mètres en hiver.

 

Motoneige

 

Utilisée au Québec depuis les années 1960 pour transporter du bois court; on peut aussi débarder des billes de sciage en s’inspirant des techniques développées pour le V.T.T. et le cheval. Sur des sentiers bien entretenus et avec un bon traîneau, elle tirera facilement une charge de 2 m3 (+ 2 000 kg) sur plus de 1 000 mètres. Plusieurs modèles conviennent s’ils sont équipés d’une transmission avec marche arrière et de chenilles de grandes dimensions.

 

Cheval

 

Pour transporter du bois, le cheval peut se comparer au V.T.T. et à la motoneige. Les charges sont légèrement supérieures mais la vitesse est plus lente. Ces moyens de transport ont les caractéristiques suivantes :

 

  • Peu de perturbations en forêt;
  • Frais de voirie minimes;
  • Peuvent se rendre à la souche;
  • Chargement manuel;
  • Faciles à rentabiliser avec des petits volumes s’ils sont utilisés pour d’autres tâches.

 

Machinerie forestière

 

Les entrepreneurs forestiers oeuvrant sur les forêts privées utilisent principalement trois types de débardeurs forestiers, chacun exigeant une planification différente du chantier : la débusqueuse, le porteur et le véhicule sur chenilles (Exemple : F4-Dion). Les petits modèles de débusqueuses se faufilent mieux qu’un tracteur de ferme dans les coupes partielles. Tous les terrains secs lui sont accessibles, jusqu’à des pentes de 40 %. Elle peut débarder

une charge d’environ 3 m3 (+ 3000 kg), en troncs entiers jusqu’à 1 000 mètres.

 

Le porteur est confiné à des sentiers bien planifiés où il charge les billes qui ont été préalablement mises en tas. Il peut débarder facilement 7 m3 (+ 7 000 kg) jusqu’à 1 500 mètres. Les risques d’orniérage sont élevés.

 

Les véhicules sur chenilles sont particulièrement indiqués pour les chantiers sur les sols humides ou sur la neige. Ils sont plutôt lents, mal à l’aise sur des terrains avec une rugosité importante, mais ils sont relativement étroits, stables et dotés d’une très bonne traction.

 

Chemins de débardage

 

Les sentiers de débardage n’exigent pas de travaux lourds : rasage des souches et pontage avec des branches à l’occasion. Ce sont tout de même des chemins permanents qui diminuent la superficie forestière. Le taux d’occupation des chemins et sentiers permanents ne devrait pas dépasser 15 % de la superficie forestière. Les équipements lourds (dont le tracteur) et les petits véhicules avec une remorque sont confinés à ces sentiers afin d’éviter les perturbations au sol, à la régénération et aux tiges résiduelles, mais aussi pour des raisons de sécurité et de productivité.

 

Distances de débardage

 

La distance de débardage dépend de la vitesse de déplacement et du volume de la charge.

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Contraintes écologiques

 

Les sentiers principaux sont scalpés de leur humus; le sol minéral est exposé à l’érosion surtout sur les pentes. Si des précautions ne sont pas prises, les eaux de ruissellement peuvent dégrader le chemin et charrier les sédiments dans les cours d’eau.

 

Les ornières sur des terrains en pente seront empruntées par les eaux de ruissellement et continueront de s’agrandir; ce sont des perturbations permanentes. Le passage répété des machines augmente les risques, particulièrement près de la jetée finale.

 

Principes généraux

 

Les chemins principaux sont généralement situés au bas des pentes pour recevoir le bois des bassins versants.

 

Ils sont droits, surtout pour le débardage des troncs entiers, mais il faut contourner les obstacles. Il faut, à l’occasion, faire de longs détours pour éviter les sols mous, les pentes trop raides et les cours d’eau.

 

Il faut chercher les pentes les plus douces et les affronter de face. Le pied de celles-ci doit se prolonger en ligne droite. Avec des chemins en travers, les risques de renversement sont plus grands.

 

Les chemins de débardage des bois tronçonnés sont à sens unique, ils sont raccordés entre eux afin d’éviter les retournements le long du sentier. Leur largeur est plus grande dans les courbes; la remorque coupe les coins. S’il y a des jetées intermédiaires, il faut prévoir l’espace pour les empilements et les manœuvres de chargement.

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Les sentiers pour le traînage des troncs entiers sont parcourus dans les deux directions en y faisant des virées en reculant. Les intersections sont en Y pour éviter le balayage par les tiges.

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Largeur des chemins

 

La largeur des chemins de débardage doit correspondre à celle des équipements, plus un dégagement d’au moins 30 centimètres de chaque côté. S’ils sont trop étroits, ils seront dangereux et les arbres en bordure seront blessés, surtout à leur pied.

 

Espacement entre les chemins

 

Cette distance varie selon le mode de débardage et les difficultés de terrain.

 

Pour le traînage des troncs entiers, les sentiers secondaires sont étroits et peu espacés. Les sentiers principaux sont distancés d’au moins deux longueurs de câble pour le treuillage et beaucoup plus si le débusquage est fait par des petits véhicules.

 

Pour le débardage des bois tronçonnés, les chemins sont plus larges et il faut tenir compte du taux d’occupation (15 %) : ainsi, avec un chemin de tracteur de 3 mètres, l’espacement doit être d’au moins 20 mètres. Si le terrain est facile, il est avantageux de choisir le système de bois tronçonnés; la productivité est généralement meilleure.

 

Conseils pour le tracé des chemins

 

Les moments les plus appropriés sont quand il n’y a pas de feuilles et lorsque les sols sont les plus humides : le printemps et parfois l’automne. Commencer par marquer avec des rubans les sections où le tracé est le plus évident :

 

  • Les anciens sentiers de débardage;
  • Là où il n’y a pas d’alternatives à cause d’obstacles;
  • Près de la jetée finale où le chemin sera utilisé plus intensivement.

 

Pour en savoir plus

 

Vous voulez en apprendre davantage sur la planification de vos interventions de récolte ?

Vous pouvez vous inscrire à un cours de formation d’une journée et demie offert par l’AFPQ 03. Communiquez avec nous ou notre mandataire le Syndicat des propriétaires forestiers de la région de Québec, au (418) 872-0770.

 

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